GOLD de Sebastiao Salgado

La ruée vers l'or au Brésil

En septembre 1986, le grand photographe Sebastiao Salgado reçoit enfin, après des années de refus de la part des autorités militaires brésiliennes qui la contrôlaient, l’autorisation de se rendre sur le site de la Serra Pelada (« la montagne pelée » en portugais), en Amazonie. C’est dans cette mine d’or grouillante à ciel ouvert, que des dizaines de milliers d’ouvriers prospecteurs en quête de l’Eldorado se sont échinés dans des conditions terribles – la boue, la violence, les émeutes – pendant plus de dix ans.

« La première fois que je vis la mine, raconte Sebastião Salgado, je restais sans voix. J’en avais la chair de poule : 52 000 hommes qui travaillaient, sans une seule machine, dans un trou béant profond de 200 mètres. La moitié montant de lourds sacs de terre sur des échelles en bois. Les autres, dévalant les pentes boueuses pour rejoindre le gouffre. Tous sans exception – leurs corps, leurs pieds, leur visage, leur cou – étaient de la couleur ocre de la terre qu’ils prélevaient, colorée par le minerai de fer. » Bagarres, maladies, chutes, glissements de terrains… « Pour beaucoup d’entre eux, la soif de l’or était plus forte que la crainte de la mort. »

© Sebastião SALGADO, Courtesy Polka Galery

 

© Sebastião SALGADO, Courtesy Polka Galery

 

Ces images de Sebastião Salgado, qui a passé 35 jours sur place, constituent le témoignage le plus iconique de ce pan de l’histoire de la ruée vers l’or au Brésil.

Prévue à l’origine pour constituer un chapitre de son projet sur l’archéologie de l’âge industriel, « Workers » (ou « la Main de l’homme » en français), elle va permettre d’installer définitivement son écriture en noir et blanc, si personnelle. « La couleur déguise le message. Tandis que le noir et blanc est une abstraction. L’ensemble de l’image se transforme en une gamme de gris, et là on peut vraiment dire quelque chose. » Publié quelques mois plus tard par le Sunday Times et le New York Times magazine, cette série iconique va contribuer à réinstaller le noir et blanc dans le monde de la presse.

Trente ans plus tard, Sebastião Salgado s’est replongé dans cette oeuvre et retrouve des dizaines d’images qui n’avaient jamais été dévoilées.
« Quand j’ai édité ce travail, je ne l’ai pas fait dans la logique d’une monographie. Mais je savais que j’avais beaucoup plus. Je ne me suis replongé dans les archives de Serra Pelada que bien plus tard, en 2016 après une blessure au genou en Amazonie qui m’a forcé à m’arrêter six mois. Là, j’ai pris le temps de revisiter mes tirages, et même mes planches-contacts. J’ai ressorti beaucoup de choses, dont une série de portraits que je n’avais pas sélectionnés à l’époque.»

A Serra Pelada, il ne reste aujourd’hui plus rien. Seulement des paysages traumatisés autour d’un lac de deux cent mètres de profondeur.

Sebastião Salgado est à découvrir jusqu’au 14 mars 2020 à la Galerie Polka, 12 rue Saint Gilles Paris 3. Entrée libre.

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